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02.06.2007
Banque mondiale, un Américain succède à un autre Américain
Il y a de la rébellion dans l'air du Sud
Pierre-André Chapatte Un Américain succède à un autre Américain à la tête de la Banque mondiale. Ce n’est pas une surprise. Il en a toujours été ainsi depuis la création de l’institution lors des accords de Bretton Woods à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Européens, en contrepartie, gardent la mainmise sur la présidence de l’autre institution de Bretton Woods, le Fonds monétaire international. Le président George Bush a ainsi proposé hier en toute tranquillité la nomination d’un de ses proches,ß Robert Zoellick, pour succéder à un autre de ses fidèles, Paul Wolfowitz, démissionné pour avoir fait bénéficier sa petite amie et employée d’avantages auxquels elle n’avait pas droit. La Banque mondiale, ce n’est pas rien. Elle est en effet, avec le FMI pour le volet monétaire, la principale institution de développement dans le monde. La lutte contre la pauvreté est devenue son principal objectif. Ecarté de l’administration Bush pour le fiasco de l’expédition irakienne dont il a été l’un des principaux inspirateurs, Paul Wolfowitz a ajouté une tâche à la Banque mondiale: la lutte contre la corruption. Il était bien mal placé pour prêcher la bonne gouvernance aux autres alors qu’il n’a pas été capable de se l’appliquer à lui-même.
Ce changement de président inspire deux enseignements. Le cas Paul Wolfowitz est, en premier lieu, emblématique du clan d’incompétents et de corrompus qui a encouragé le président George W. Bush à se lancer dans la désastreuse guerre de l’Irak. Un clan d’idéologues et de laquais placés à des postes clés, sans égard à leur moralité et à leurs compétences, soulignait récemment le New York Times. Après un passage calamiteux au secrétariat à la Défense, Paul Wolfowitz est placé par son ami Bush à la tête de la Banque mondiale où 90% du personnel jugeaient pourtant qu’il n’avait pas les qualités requises pour occuper la fonction. Son successeur sera-t-il d’une meilleure trempe? C’est un néoconservateur et un proche de George Bush. Un profil a priori peu rassurant.
Ce changement, ensuite, s’opère comme si rien n’avait changé. Même si leur situation de premiers cotisants leur donne du poids, on aurait pu imaginer que les Américains consultent avant d’imposer un successeur à un Wolfowitz poussé à la sortie pour corruption ou despotisme. La procédure de nomination aurait pu suivre celle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) où les décisions doivent être approuvées par tous les membres. Rien de pareil à la Banque mondiale. Le président des Etats-Unis impose seul. On aurait pu imaginer aussi qu’une institution qui se veut au chevet des pays émergents soit présidée par une personnalité qui connaît le terrain et donc issue de l’un de ces pays. Rien de tout cela. La Banque mondiale veut aider la planète, mais aux conditions de Washington.
Cette manière dictatoriale de procéder ne durera pas toujours. Les premières rébellions se font jour en Amérique du Sud. L’Argentine, le Venezuela, le Brésil, l’Equateur, le Paraguay et la Bolivie ont jeté ce mois-ci les bases d’institutions parallèles à celles de Bretton Woods pour se soustraire au diktat des pays du Nord. Une Banque du Sud et un Fonds du Sud devraient ainsi voir officiellement le jour le 11 juin prochain. A Washington, on paraît rester aussi aveugle à ces fractures historiques qu’on ne l’a été hier en Irak. En Europe, Suisse comprise, on acquiesce avec satisfaction à la nomination du nouveau président de la Banque mondiale. Cet empressement relève d’un manque de clairvoyance.
Article lu dans le "Quotidien jurassien"Qui est exactement ce Monsieur Robert Zoellick ? Selon Voltairenet.org
Robert B. Zoellick, maître d’œuvre de la globalisationRobert B. Zoellick, nouveau n°2 du secrétariat d’État, a été présenté à tort comme un partisan du multilatéralisme. Il est en réalité le théoricien et le stratège de l’usage des accords économiques multilatéraux partiels de manière à briser les consensus au sein des organisations internationales. Pour lui, le libre-échange n’est pas un idéal, mais une arme permettant de détruire les économies dirigées et de privatiser les services publics. Rien ne doit faire obstacle à l’édification d’un monde unipolaire, à l’expantionnisme économique états-unien, à la globalisation.
Le presse européenne a salué avec satisfaction la nomination de Robert B. Zoellick comme secrétaire d’État adjoint, le 7 janvier 2005. Elle y a vu un signe d’apaisement de l’administration Bush et de retour au multilatéralisme. Continuant sur cette lancée, elle a applaudi les tournées européennes de Condoleezza Rice et George W. Bush, s’efforçant d’y voir un renouveau des relations transatlantiques malgré les 100 000 morts de la crise irakienne.
Cette analyse nous paraît erronée : comme on le lira dans le portrait ci-dessous, M. Zoellick n’est pas multilatéraliste par principe, mais occasionellement par pragmatisme ; sa nomination n’a pas pour but d’infléchir la politique étrangère des États-Unis, mais correspond à la transformation du département d’État ; enfin, la nomination de John Bolton comme ambassadeur à l’ONU, deux mois plus tard, manifeste sans ambiguïté le refus définitif du multilatéralisme.
Robert B. Zoellick est né en 1953 dans l’Illinois. Il a suivi des études de droit et de sciences politiques à Harvard. À sa sortie de l’université, il débute comme juriste au département de la Justice, puis à la Cour d’appel de Washington D.C.. En 1985, il rejoint le cabinet de James Baker III [1], alors secrétaire au Trésor. Lorsque Baker devient secrétaire d’État, en 1989, Zoellick le suit. Il participe alors aux premières négociations de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) [2] et au lancement du Forum de coopération économique Asie Pacifique [3]. Toujours dans le sillage de Baker, devenu secrétaire général de la Maison-Blanche, il est nommé assistant spécial du président George H. Bush (le père). Il est son représentant lors des difficiles négociations avec l’Union européenne pour sauver l’Uruguay Round (ancêtre de l’OMC) et le sherpa présidentiel aux sommets de G7 de Londres (1991) et de Munich (1992). Il est surtout, dans cette période, le principal artisan de l’unification allemande et du remodelage de l’Europe.
Après la défaite électorale de 1992, les républicains retournent au secteur privé. Bush et Baker prennent en main le Carlyle Group [4]. Zoellick, lui, atterit chez Fannie Mae, la société de construction de maisons individuelles. Simultanément, il entre au conseil d’administration et à la direction de plusieurs sociétés. On le trouve ainsi à la direction de Goldman Sachs, administrateur d’alliance capital, de Jones Intercable (câblage de distribution TV), de Said Holding (sécurité des systèmes de communication) et du Precursor Group (conseil pour fonds de placement). En outre, il est conseiller de Viventures/Vivendi Universal et Enron, deux sociétés qui truqueront leurs comptabilités et connaîtront de gigantesques déboires financiers.
À ses heures perdues, Robert B. Zoellick administre le German Marshall Fund [5] et l’Eurasia Foundation (une ONG paravent de l’USAID et co-présidée par James Baker III). De plus, il enseigne l’histoire militaire et la sécurité nationale à l’Académie navale. Surtout, il assure la direction de l’Aspen Strategy Group [6] , qui rassemble les personnalités les plus cultivées du tout-Washington. Une fonction qu’il abandonnera au profit de Philip D. Zelikow, comme lui ami de l’universitaire Condoleezza Rice.
En 1998, Zoellick se rapproche d’un groupe de républicains pour préparer la reconquête du pouvoir. Au sein de l’American Enterprise Institute [7] de Dick Cheney, il participe à l’élaboration d’un programme destiné non pas au grand public, mais aux donateurs. Ce groupe de travail prend le titre de Projet pour un nouveau siècle américain [8]. Il signe alors des textes pressant le président Clinton de prendre ses responsabilités et d’en finir avec l’Irak.
Il publie un article dans Foreign Affairs, la revue du Council on Foreign Relations, où il présente ses propositions pour la politique étrangère du prochain mandat [9]. Pour lui, l’échec de la conférence de l’OMC à Seattle montre que Bill Clinton a commis une erreur en acceptant de lier les questions sociales et environnementales aux négociations de libre-échange. Il conviendra par la suite de promouvoir les intérêts économiques des États-Unis, en appuyant leur revendications économiques de pressions militaires. C’est le retour de ce que l’on appelait au XIXe siècle la « politique de la cannonière », ou au XXe « la politique du gros bâton ».
Surtout, il tente de se fondre dans un groupe restreint de conseillers, animé par Condoleeezza Rice, qui forme le gouverneur George W. Bush (le fils) pour en faire un candidat acceptable à la présidence des États-Unis : « les Vulcains ». Mais la greffe prend difficilement car Zoellick est le seul membre du club à ne pas avoir d’expérience au Conseil national de sécurité, ni au Pentagone.
Enfin, lorsque le scrutin est constesté en Floride, le candidat Bush désigne le fidèle James Baker III pour représenter ses intérêts. Et celui-ci se fait naturellement assister par Robert B. Zoellick.
Quoi qu’il en soit, George W. Bush est reconnaissant de ceux qui l’ont fait nommer par la Cour suprême à défaut d’être parvenus à le faire élire par ses concitoyens, et il nomme Zoellick comme conseiller et représentant spécial pour toutes les négociations économiques.
Il tire les conclusions de l’échec de l’OMC à Seattle et de l’opposition du Venezuela [10] à la Zone de libre-échange des Amériques [11]. Dans un article publié par le Wall Street Journal [12], il écrit : « Que doivent faire les États-Unis si les autres nations choisissent le protectionnisme ? Au regard des procédures de l’OMC, une nation peut bloquer tout progrès. Ce serait une grave erreur de laisser une seule nation opposer un veto à la dynamique du libre-échange global créée par les États-Unis (…) La stratégie est simple : les États-Unis impulsent une compétition dans la libéralisation » [13]. Pour lui, les choses sont claires : le libre-échange n’est pas un objectif en soi, même si c’est un slogan commode ; c’est un moyen pour mettre fin aux économies dirigées, pour privatiser les services publics ; bref pour casser les États qui résistent à l’expansion économique de l’Empire. Dans cet état d’esprit, il pousse à la conclusion d’accords multilatéraux partiels pour conduire par étapes à la mise en place de l’Accord général sur les services (AGCS) [14] qu’il s’avère impossible de faire adopter directement par l’OMC.
Il est donc faux de présenter M. Zoellick comme un partisan du multilatéralisme sur la base des nombreux accords commerciaux qu’il a négociés. Pour lui, négocier avec un partenaire n’a d’intérêt que pour faire pression sur un tiers. Sa nomination au département d’État, comme adjoint de Condoleezza Rice, doit être interprétée comme la volonté d’utiliser au maximum l’arme diplomatique pour briser les alliances qui pourraient se former face à l’expantionnisme états-unien. La méprise qui a entouré sa promotion s’explique par une erreur d’analyse antérieure : les Européens de l’Ouest, dépités de leur perte d’influence, se sont efforcés de croire que le problème du monde de l’après-Guerre froide était l’hyperpuissance états-unienne et son unilatéralisme, alors qu’il s’agit simplement d’un expantionnisme qui ne rencontre plus d’opposition à sa mesure. De ce point de vue, Robert B. Zoellick participe au remodelage du monde autour d’un pôle unique. Il incarne l’expantionnisme économique total, en un mot : la globalisation.
Moralité: On remplace un tordu par un tordu !
12:40 Publié dans Mondialisation | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, PS, Femme, Suisse, Enfant, Monde, Europe
Commentaires
me revoila
je repars pas!
Ecrit par : roi bourdieusien | 27.06.2007















