21.08.2006
Quand la vérité sort du puits
Résistance . La réalisatrice néo-zélandaise Niki Caro s’inspire pour son troisième long métrage d’un procès pour harcèlement sexuel remporté par les femmes des mines du Minnesota.
L’Affaire Josey Aimes,
de Niki Caro. États-Unis. 2 h 4.Josey Aimes (Charlize Theron) est une jeune mère de famille maltraitée par son compagnon. Arrive le coup de trop, et Josey embarque enfants et bagages, taille la route vers son village natal du Minnesota, où demeurent ses parents. La bourgade vit de longue date des mines de taconite qui l’environnent. Le boulot y est dangereux et harassant, mais bien payé. Nous sommes dans les années quatre-vingt. La loi impose depuis peu la présence des femmes dans les mines. Josey ne voit pas d’autre solution pour se construire une vie décente, malgré les mises en garde de ses proches, dont son amie d’enfance Glory (Frances Mc Dormand), déléguée syndicale de la mine, où elle a appris à se faire respecter. Jusqu’au père de Josey, mineur lui-même, qui tente de la dissuader de faire un boulot de « lesbienne ».
Les mines sont de toute éternité un territoire masculin. Les femmes ne font qu’y voler la place d’honnêtes travailleurs. On le leur fait payer très cher. La solidarité de classe, prépondérante chez les mineurs, s’efface sous le poids du sexisme. Ce troisième long métrage de la réalisatrice néo-zélandaise Niki Caro est tiré de faits réels. En 1984, Lois Jensen et d’autres femmes ont poursuivi la compagnie minière Eleveth pour discrimination et harcèlement sexuel. La première « action de groupe » pour ces motifs de l’histoire judiciaire des États-Unis. Le film leur rend hommage. Film de procès, l’Affaire Josey Aimes est ponctué de scènes de tribunal d’où sont issus les fragments du récit auquel elles renvoient.
On assiste aux facettes de la violence qu’exercent les mineurs sur leurs collègues femmes, de la blague graveleuse aux voies de fait, en passant par toutes sortes d’humiliations. Les protestations de Josey, qui juge la situation intenable, resteront lettre morte. Les autres femmes n’en pensent pas moins, mais jouent le jeu selon les archaïsmes en vigueur pour conserver leur emploi et une vie sociale dont la mine dicte les codes. La hiérarchie résumera sa philosophie en forme d’antienne machiste par la bouche d’un contremaître : « Les gars frôlent les limites. Les filles leur tapent sur les doigts pour les remettre à leur place. C’est comme ça depuis Adam et Ève. » À voir le film de Niki Caro, les comportements masculins qu’elle y dépeint sortent en effet tout droit de très anciennes cavernes. Si tous les mineurs ne les adoptent pas, les autres sont au-delà de la caricature.
Loin de nous l’idée de minimiser la réalité du harcèlement sexuel et de ses conséquences. La dénonciation du ravage de l’âme que subissent ses victimes aurait pourtant gagné à des représentations plus subtiles. Niki Caro mêle d’ailleurs au paroxysme de violence que va connaître Josey en représailles à sa révolte un règlement de comptes personnel surgi de ses amours adolescentes, sans quoi la crédibilité de l’affaire en prendrait un sérieux coup. C’est l’une des limites d’un film bien construit, visuellement très beau grâce à un grand format qui montre en plein écran les paysages des mines, la toxicité du labeur et le talent des interprètes, brochette « oscarisable » s’il en est. Si le retournement final en faveur des victimes est d’autant plus attendu qu’il correspond à des faits historiques, on ne nous épargne aucun des clichés du genre qu’affectionnent les séries télévisées : les masques arrogants des coupables se fissurent sous le double feu de la justice et de la vérité, les incertains rencontrent la vraie foi et se lèvent en choeur aux côtés des plaignantes comme à la fin du Cercle des poètes disparus. Reste un film d’engagement dont la portée dépassera sûrement les raccourcis.
Dominique Widemann
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